Quatre Vingt Six

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“Au bout du chemin de la mémoire, les idéogrammes de l’Île-de-France ne sont pas moins énigmatiques que les kanji de Tokyo, dans la lumière miraculeuse du Nouvel An.” Chris Marker, Sans Soleil, 1982

J’ai longtemps rêvé de l’A86. Je n’en ai jamais connu, pourtant, qu’une portion bien courte, celle allant de Villeneuve-la-Garenne jusqu’à l’embranchement vers l’A1 au niveau de la Courneuve, une route que j’ai souvent empruntée enfant. Le frôlement de la Tour Pleyel, dans les courbes suivant le franchissement de l’Île Saint-Denis, est ainsi le premier grand frisson urbain de mon existence banlieusarde.

J’ai bien plus tard appris à reconnaître l’autoroute, que j’ai croisée à plusieurs reprises au cours de mes marches en Seine Saint-Denis.

En janvier 2021, je me suis enfin mis en route, à la faveur du temps offert par la pandémie de Covid-19. L’itinéraire est cousu de fil blanc : suivre l’A86 à partir de Saint-Denis, ville épicentre de ma vie depuis mes études à l’école Louis-Lumière, et dans le sens inverse des aiguilles d’une montre autour de la banlieue parisienne. L’itinéraire offre d’abord un passage dans le Nord des Hauts-de-Seine, où j’ai passé mon enfance, parcourra la banlieue sud, traversant des espaces où vécurent mes grands-parents, et se terminera en Seine Saint-Denis, le département où je vis et travaille aujourd’hui.

Le tracé de l’autoroute A86 à travers la petite couronne parisienne et son architecture par endroits époustouflante, en font un objet urbain hors du commun, un monument de béton à l’échelle de la métropole.

Entre janvier et mai, j’ai parcouru le chemin allant de Saint-Denis à Rueil-Malmaison. Le retour des beaux jours impose d’interrompre cette première campagne. Il me tarde déjà de reprendre la route.